Bruno Retailleau : « Union Européenne : Sortir de la logique technocratique » Valeurs Actuelles

Plaidoyer pour une refondation de l’Europe
Respect de la souveraineté des nations, reconnaissance de valeurs communes : des piliers sur lesquels doit s’appuyer le vieux continent.

Saurons-nous faire du Brexit un électrochoc et sortir de cette logique technocratique qui croit nous protéger des effets dont elle chérit les causes ?

L’Union européenne est née avec l’idée de pacifier le vieux continent. C’est une formidable réussite, mais ce n’est plus un objectif. Sa vocation n’est plus de protéger les peuples européens d’eux-mêmes, mais du monde extérieur. Ce que sous-entend Barack Obama quand il exprime le souhait de négocier avec une Europe forte, rappelant sa volonté de se désengager de notre continent. Une Europe protectrice doit se retrouver autour d’un projet de civilisation. L’Europe est l’héritière de l’antiquité gréco-romaine, d’une chrétienté pluriséculaire et de l’humanisme de la Renaissance et des Lumières, autant d’influences qui ont façonné des peuples porteurs d’une conception singulière de l’homme. Ce socle commun doit être assumé et revendiqué pour aborder ensemble les convulsions du monde.

Sans véritable projet, l’Europe force un « destin fédéral », oubliant que la proximité n’efface pas la diversité. Il faut associer nos peuples sur des valeurs communes, tout en les confortant dans leur appartenance nationale. C’est-à-dire mettre un terme au fédéralisme rampant qui s’immisce dans les décisions européennes. Les nations doivent ainsi être réinstallées au coeur des processus de décision, pour répondre au déficit démocratique dont souffre l’Europe. Pour y parvenir, les Parlements nationaux ont un rôle central à jouer, sur la base d’un pouvoir d’initiative et de contrôle sur la Commission, avec un droit de veto garantissant l’effectivité du principe de subsidiarité. Il faut, en outre, concentrer l’action européenne sur quelques grands secteurs fondamentaux. L’Union doit définir sa valeur ajoutée et stopper l’inflation réglementaire.

Nous avons également besoin de frontières stables. Il est donc nécessaire de sortir du processus d’adhésion avec la Turquie, ajourner toute perspective de ralliement de pays des Balkans, et rappeler que le contrôle des frontières relève de la souveraineté des États, tout en renforçant les moyens de Frontex. L’émergence de nouveaux antagonismes impose aussi d’être plus ambitieux en matière de défense. Notre coopération doit être à la hauteur des nouvelles menaces. L’élaboration d’un fonds mutualisant la dette issue des dépenses de défense et réduisant l’endettement maastrichtien à proportion des efforts consentis apparaît urgente.

Quant à la zone euro, elle sort difficilement de sa convalescence. Aux peuples maintenant de décider s’ils souhaitent accepter les disciplines budgétaires indispensables à la pérennité de leur monnaie commune. La préparation d’un éventuel resserrement de l’euro, incluant la création d’une procédure de sortie, est inéluctable, comme l’est l’instauration d’une véritable gouvernance de l’euro.

Enfin, il est temps de s’affranchir du dogme du libre-échange, perçu à tort comme le prolongement de l’intégration européenne. Comme si l’ouverture à tous les vents de la mondialisation était consubstantielle au projet européen. L’Europe doit exiger la réciprocité dans ses accords commerciaux, réciprocité qui devrait être inscrite dans le traité comme principe fondamental de la politique commerciale de l’Union. La protection des Européens passe par une lutte plus ferme contre la concurrence déloyale, et par l’adoption d’un « Buy European Act » .

Si elle veut se survivre, l’Europe n’a d’autre choix que de faire la preuve de son utilité. C’est le seul moyen d’endiguer la désaffection des peuples, qui ne demanderaient pas mieux que de se sentir protégés par une véritable communauté de destin. Je plaide donc pour une refondation de l’Europe basée sur trois piliers : des valeurs communes, le respect des nations et une mission de protection en matière d’économie et de défense.