Gérard Larcher : « Les Français ont le sentiment qu’il n’y a plus d’État »

LE FIGARO. - Quel bilan faites-vous du débat sur la loi El Khomri au Sénat ?

Cela a été un vrai débat de quinze jours avec près de 900 amendements. Il était nécessaire. Il n’avait pas eu lieu à l’Assemblée nationale. Ce débat s’achève aujourd’hui par un vote. Nous sommes revenus au texte d’origine, mais, à la différence du gouvernement, nous avons eu un temps de dialogue social. J’ai rencontré tous les partenaires sociaux. Chacun connaissait la teneur des propositions sénatoriales. J’ai aussi parlé de ce que pourrait être le projet de 2017, car il y aura bien une proposition de la majorité sénatoriale sur le travail. Quand le débat n’a pas lieu au Parlement, il a lieu dans la rue.

Le Sénat est-il le laboratoire du projet de réforme de la droite ?

Plus qu’un laboratoire, un acteur. Ce sont de vraies propositions. Nous souhaitons la vérité sur le temps de travail avec l’entreprise comme lieu d’accord, la garantie d’un décret fixant un maximum de 39 heures et la consultation de la commission nationale de la négociation collective. Nous avons travaillé sur la compétitivité et l’attractivité mais également sur un terrain où l’on ne nous attendait pas en défendant trois apports sociaux : la médecine du travail sécurisée, l’accentuation forte de l’apprentissage et l’intéressement à la participation, via un forfait fiscal, car les salariés ne peuvent pas être déconnectés des résultats des entreprises. Ici au Sénat, ce débat n’est pas un débat pour rien. C’est un débat pour le futur.

Qu’en restera-t-il à l’Assemblée ?

Le problème du président n’est pas l’opposition mais sa majorité, qu’il n’a plus. C’est finalement un quinquennat pour rien. Il finit avec 800 000 à 1 million de chômeurs en plus et 23 % des jeunes hors de l’emploi, un déficit abyssal, une overdose fiscale jamais égalée. Malgré les pulls marins de M. Montebourg, le made in France se fait encore distancer. La majorité de gauche n’existe plus. Les Français ont perdu la confiance. Ce mandat se termine en miettes. Seule la Ve République tient debout.

Croyez-vous, comme François Fillon, qu’il « n’y a plus de chef à la tête de l’État » en France ?

Non, parce que je crois à la Ve République. En revanche, je m’interroge sur l’autorité de l’État. Après la récente palinodie que nous avons vécue avec les manifestations, en marge de la loi travail, la question est posée. La gauche tolère Nuit debout sans réagir, a laissé les manifestations déborder à Paris mais aussi à Rennes, Nantes... Personnellement, j’étais favorable à l’interdiction. Entre l’Euro de football et la lutte contre le terrorisme, le gouvernement devait être ferme. Il ne l’a pas vraiment été. L’État régalien compte encore pour les Français, mais ils doutent. Ils ont le sentiment que l’État a laissé le désordre s’installer, qu’il tergiverse et ils ne le supportent plus.

Après le Brexit, la réaction de l’Union européenne doit-elle être rapide ?

Oui. Le choc du Brexit doit tous nous interpeller. Si nous avions organisé le même référendum dans notre pays, je pense que la réponse aurait été la même. Il ne faut pas réagir dans la précipitation mais dans la détermination, sans tarder. Un tel choc vous donne la capacité de changer de peau, d’effectuer une vraie mue. Je vais saisir la présidence slovaque et les présidents des deuxièmes chambres de l’UE, et d’abord mon collègue du Bundesrat, afin d’envisager des propositions partagées des Parlements nationaux. Je souhaite le faire en concertation avec le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Le Brexit aura-t-il un impact sur la présidentielle ?

Bien sûr, l’Europe sera un sujet central. Le Brexit est une lézarde de plus dans un mur de certitudes devenu un mur d’incertitudes. Les Français ont le sentiment qu’il n’y a plus d’État. Mais je reste persuadé que le rendez-vous de 2017 se jouera sur l’économique, le social, l’idée de nation, et la question de l’Europe constitue un pont entre ces différents sujets. Et parce que nous sommes une nation et que l’Europe doit se faire avec les nations, nous sommes capables de porter un projet européen.

Qu’attendez-vous du débat parlementaire de ce mardi ?

Réinventer l’Europe se fera avec les peuples. Qui les représente si ce n’est les parlements nationaux ? Leur rôle est majeur, indispensable. Je me réjouis qu’un débat au Sénat ait lieu.